Autoportrait en Timanthe, Barry, 1780-1803
by Vincent on mar.09, 2010, under BARRY James, PEINTURES ANGLAISES
James Barry, Autoportrait en Timanthe, commencé vers 1780, achevé en 1803
Huile sur toile, 76 x 63 cm
Dublin, National Gallery of Ireland
L’Irlandais James Barry fut l’un des rares artistes de Grande-Bretagne du XVIIIème siècle qui ait cherché à vivre conformément aux impératifs du grand art en s’intéressant principalement à la peinture d’histoire, genre le plus élevé mais généralement le moins lucratif. Ses autoportraits – « une autobiographie peinte » couvrant toute sa carrière – forment son principal legs artistiques ( Pressly, 1983, p.150). Ils dénotent une quête perpétuelle de ce que signifie le fait d’être artiste dans une société commerciale peu encline à promouvoir le grand genre.
Ses autoportraits sont beaucoup plus frappants par leur intensité et profondément personnels que les masques publics portés par ses collègues (Pressly, 2004, p.138). L’oeuvre reproduite ici, achevée en 1803, trois ans avant sa mort, constitue son dernier autoportrait, en somme ses dernières volontés et son testament (Presly, 2005, p.72). Sur le plan iconographique, elle résume au soir de sa vie une sorte d’affirmation triomphale des préceptes et aspirations qui avaient guidé toute sa carrière (Wark, 1954, p.154).
Commencé en 1780 pour un travail plus important: Le couronnement des vainqueurs à Olympie (1777-1784), troisième d’une série de six peintures murales destinées à orner la grande salle de la Society of Arts à Londres. Dans le genre de la peinture d’histoire, « cet effort monumental a peu d’équivalent en Grande-Bretagne »(Pressly, 2004, p.136, 139).
Ces deux images se correspondent en grande partie. Du peintre Timanthe, Pline dit qu’il fut le seul artiste dont les oeuvres suggèrent toujours plus qu’elles ne montrent et dont l’exécution, bien qu’elle soit habile, est toujours surpassée par son génie ». Dans les oeuvres de Timanthe – et, par extension, dans celles de Barry -, »l’idée sous-jacente est que l’invention ou l’idée de base d’une oeuvre est plus importante que l’exécution ».
L’image que tient Barry dans l’Autoportrait est sa propre interprétation (à partir de la description de Pline) de l’oeuvre célèbre de Timanthe montrant un cyclope endormi, prudemment approché par des satyres cherchant à prendre la mesure de ses impressionnantes dimensions (Pressly, 2005, p.70). Ces deux figures, en outre, sont à mettre en relation avec une oeuvre antérieure de l’artiste, Ulysse et un compagnon (vers 1776), où Barry et son ami Edmund Burke sont représentés respectivement sous les traits des deux personnages. Ainsi, l’oeuvre terminée, en 1803 se veut une synthèse de tableaux illustrant toute la carrière de l’artiste (Pressly, 1983, p.150).
Dans son premier autoportrait en Timanthe pour le mur de la Society of Arts, il était montré assis sur la base d’une statue d’Hercule foulant aux pieds le serpent de l’Envie. Dans la reprise « fortement condensée de 1803, une juxtaposition radicale transforme la tête du serpent armé de crocs en présence terrifiante placée tout près de son oreille droite »(Pressly, 2005, p.72). Comme l’avait écrit Barry à propos de sa peinture murale:
« C’est sans doute une bonne et sage distribution des rôles, que l’envie hante et persécute continuellement les plus grands personnages; même si, dans l’instant, cela peut les mettre quelque peu mal à l’aise, cela tend cependant d’un côté à les rendre plus parfaits en les obligeant à supprimer tout ce qui en eux pourrait être défectueux, et, de l’autre, leur donne l’occasion de conserver leurs bonnes qualités dans cet état de tension permanente dont le monde retire plus de bénéfices et eux-mêmes, finalement, plus de gloire » (Barry, 1783, p.57)
Barry se voit donc « comme un homme sans cesse harcelé par des collègues jaloux et des critiques peu éclairées, mais le fait de prêter l’oreille aux sifflements du serpent ne peut que le rendre plus fort » (Pressly, 2005, p.72)
L’image de 1803 diffère significativement de l’autoportrait mural par l’usage d’habits modernes: à « la suite de la Révolution française, avec son introduction de l’omniprésente et infatigable guillotine, la corde noir qui sert la cravate et passe devant la gorge de l’artiste frappe littéralement telle une corde menaçante, de même que son manteau rouge sang suggère lui aussi un martyre violent » (Pressly, 2005, p.72-74).
L’autoportrait contient également des références au Christ, « exemple suprême d’un homme vertueux et supérieur martyrisé par un monde pêcheur »(Pressly, 2005, p.75-76).
« Barry est un artiste d’une stature héroïque, dont la porte-crayon peut presque être comparé au bâton en crosse du Cyclope, que l’on voit dépasser de ses flancs. Seule l’Envie pourrait le nier; et l’Envie sera écrasée. Et si tel est le manifeste qu’entend proclamer ce tableau, il le dénie également dès lors que nous nous demandons pourquoi l’artiste a choisi ou éprouvé le besoin de se représenter ainsi » (Barell, 1992, p208)
(Source Simon Macdonald)
